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Monsieur le juge, 100 ans, adore jouer au billard

Création : lundi 1 juillet 2013 Mis à jour : lundi 1 juillet 2013

André Dessaux, notre doyen, joueur de billard français passionné, méritait bien cet article de Ouest-France (repris ici dans son intégralité).

Monsieur le juge, 100 ans, adore jouer au billard - Rennes

 

vendredi 28 juin 2013


 André Dessaux

André Dessaux ne fait pas seulement de la figuration pour satisfaire le photographe !

André Dessaux, 100 ans depuis le 19 juin, mène une vie active. Lecture, bicyclette, télévision, peinture, et encore quelques visites à l'académie de billard.

« Pour ce point, Monsieur, vous voyez, toutes les boules doivent être là. » André Dessauxexplique loguement avant de lancer un énergique « exécution ! » et d'ajouter, d'un ton narquois : « Ça va pas être beau ! Enfin, vous pourrez titrer : un centenaire joue au billard. »

André Dessaux est un des quelque 50 membres du club de billard de Rennes. Il est toujours licencié. Il y a encore deux ans, il était inscrit sur la liste des compétiteurs. L'académie de billard, rue Auguste-Pavie, est un lieu qu'il fréquente depuis une cinquantaine d'années. « Un peu moins assidûment, ces derniers temps. Je suis un tout petit joueur, un médiocre ! », tempère-t-il en blaguant.

Les yeux bleus d'André Dessaux ne cachent rien de son grand âge. Au contraire, ils annoncent, avec juste ce qu'il faut de pudeur quand on a la chance de pouvoir annoncer, avec autant de fraîcheur : « Vous rendez-vous compte, monsieur ? J'ai eu 100 ans le 19 juin. »

À bicyclette

Quel personnage, cet ancien juge d'instruction, conseiller honoraire à la cour d'appel ! Outre le billard, dont il intellectualise la pratique jusqu'au superlatif de la passion, Monsieur le juge fait de la peinture ; deux heures de cours particulier dans un atelier, rue de Paris, où il se rend à bicyclette. Pourquoi à bicyclette ? « Parce que j'ai plus de jambes. En plus, à pieds, il faudrait une demi-heure. À bicyclette, je n'ai pas mal aux jambes. Et puis, il n'y a pas d'autre moyen de transport. » André Dessaux regarde la télévision, bien sûr. Mais pas tout : « Questions pour un champion, Des chiffres et des lettres et puis Arte ! »

Comme pour rattraper le temps, à l'époque où sa charge lui imposait de savoir protéger son silence, le magistrat instructeur parle beaucoup, bien sûr en prenant son temps. André Dessaux est homme à la conversation agréable. Oh, bien sûr, la fatigue lui joue quelques petits tours mais sans plus. D'ailleurs, pour lui faire comme un pied de nez, il nous prévient, en pleine conversation : « Je ferme les yeux en parlant. Je sais, ce n'est pas bien mais cela me repose. »

Il a exercé, pendant dix-sept ans, comme juge à Blois. Puis, pendant dix ans, il a été président du tribunal de grande instance de Saint-Brieuc. Il a achevé sa carrière à la cour d'appel de Rennes, comme conseiller. Il y est resté neuf ans.

Ce fils d'industriel, né à Orléans, est veuf. Il habite boulevard Léon-Bourgeois, à Rennes. Il a pris sa retraite en 1977. À l'époque, il vivait encore passionnément pour la montagne. « Il a passé sa vie à faire de l'alpinisme, dont dix fois à plus de 4 000 m. La dernière ascension, il l'a faite à... 78 ans en bivouaquant en flanc de piton ! », témoigne M e Nolwenn Guillemot, avocate au barreau de Rennes et amie d'André.

De Gaulle

André Dessaux confie d'autres centres d'intérêts : « J'aime lire, surtout l'histoire. Depuis quatre mois, j'ai lu cinq bouquins. En ce moment, je lis un livre consacré au Moyen Âge. 700 pages à avaler. Et c'est un peu dur pour moi. J'ai horreur des romans. »

Comme il parle de livres, André Dessaux cite De Gaulle. Et, tout à coup, la mémoire s'enclenche : « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France... » André récite des paragraphes entiers des Mémoires du premier des Français libres. Remarquable !

Édouard MARET.